Deux sit-in dans la même journée et une sensibilisation sans précédent pour soutenir la fille Zineb âgée de 12 ans, victime de maltraitance de la part de ses employeurs : un juge et sa femme.
Une fille mineure maltraitée de manière qui laisse perplexe : blessée par des coups de bâtons brulée par une fourchette chauffée à blanc et imbibée dans de l’huile sur une grande partie de son corps dont notamment ses organes génitaux. Des blessures avec de graves conséquences morales et physiques selon des sources hospitalières. Le tout ponctué par un certificat médical d’incapacité de 60 jours,
délivré par les services compétents de l’hôpital Al Farabi, où la fille Zineb Chétite a été admise depuis jeudi dernier et où elle est toujours sous contrôle médical.
Le drame se déclencha jeudi 20 Aout lorsque des employeurs en colère contre leur petite bonne allaient lui faire subir « des supplices qualifiés de très graves par les médecins qui l’ont soignée et qui n’arrivaient pas à croire ce qu’ils ont vu » rapporta à ALM une infirmière.
Mais avant d’arriver à l’hôpital, la fille a du d’abord s’échapper de la maison de torture, qui se trouve au quartier Al Wahda. C’est grâce à l’assistance d’un homme et d’une femme du quartier avoisinant, qui l’ont accompagnée au commissariat central d’Oujda, que Zineb a évité le pire. Après la déposition de circonstance, la fille fut conduite à l’hôpital grâce aux soins des services de police. Et c’est à partir de ce moment que l’affaire allait prendre des proportions considérables avec l’entrée en lice des associations de défense des droits de l’enfance et du droit humain. La presse par ses différentes composantes, allait prendre le relai pour médiatiser une affaire qui secoue l’opinion publique locale et qui n’a pas encore été dénouée.
C’est pour exprimer leur inconditionnel soutien à cette mineure que les associations de la protection de l'enfance "Ne touche pas à mes enfants" et l’Association marocaine des droits humains ont organisé Vendredi dernier deux sit-in de solidarité et de dénonciation en plein centre de la ville. « Ne touche pas à mes enfants" a regroupé quelque 200 femmes et enfants devant la cour d’appel d’Oujda pour dénoncer les violations dont a été victime Zineb et insister sur l’application des textes législatifs en la matière : « Nous sommes à Oujda pour mobiliser l'opinion publique locale et nationale pour dénoncer toutes les formes de violations exercées sur cette petite fille » a déclaré à ALM Najia Adib présidente de « Ne touche pas à mes enfants » et d’ajouter « Les mauvais traitements commis à l’égard de Zineb sont intolérables , et c’est pour cela qu’on va poursuive ce juge K. Y qui est présumé coupable ,en justice pour montrer que le cas de cette fille est un grave problème de société qui mérite une attention particulière de la part des juges qui sont là devant un grave cas de conscience professionnelle »
De son coté, la section locale de l’AMDH par le biais de son secrétaire Hassan Ammari a appelé à la création d’une instance indépendante pour juger les crimes et tortures dont sont victimes les mineurs. Une instance constituée de juristes, psychologue et ONG afin d’appréhender le problème dans sa globalité et d’ajouter « Encore une fois, les droits de l’enfant ont été bafoués. Mais cette fois ci c’est quelqu’un qui est censé défendre les droits de l’enfance qui s’est pris à une mineur qui devait être à l’école au lieu d’être exploitée »
Lors de ces sit-in Mohammed Chétite , le père de la fille, a expliqué comment le juge qui a maltraité sa fille a essayé dans un premier temps de l’intimider avant de passer à des tentatives de corruption pour camoufler l’affaire. « Pas question de cautionner la souffrance de ma fille et pas question de laisser les personnes qui maltraitent les petits sans jugements. et c’est pur cela que je vais poursuivre en justice le juge Khalid Youchouti » a-t-il martelé.
À signaler aussi que le présumé coupable, malgré le certificat médical de 60 jours délivré à Zineb, bénéficie d’un avantage juridique vu la nature de sa fonction et qu’il sera soumis à un interrogatoire devant le procureur général avant de passer auprès des services de la police judicaire.
Ali Kharroubi ALM