Oujda n’est pas patriotique pour rien. Elle fut le fief de deux révolutions. La marocaine et l’algérienne. Je ne parlerai pas de cette dernière aujourd’hui. Je laisserai cela à nos voisins algériens. C’est leur révolution et c’est à eux de la juger.
Quant à la notre, ce qu’on nomme communément la révolution du roi et du peuple. Elle a bel et bien vu le jour à Oujda un certain 16 Aout 1953 alors que les autres localités orientales ont suivi le mot d’ordre le 17 aout.
Un soulèvement populaire qui conforta le patriotisme authentique d’une ville et d’une région engagée dans la défense de l’intégrité territoriale du Maroc et des symboles de sa souveraineté. Oujda qui fut la première ville marocaine à tomber entre les mains des forces coloniales en 1907 fut aussi la première à s’insurger contre le joug des occupants. Ce fut un dimanche 16 aout 1953 à 18 H lorsqu’ un groupe de patriotes bravèrent haut leur refus au dictat du protectorat. Jeunes, adultes et militants déterminés dans leur cause et résolus à aller jusqu’au bout dans leur revendication, se soulevèrent contre l'ordre établi dans l’ensemble des quartiers de la ville. Les partisans qui ont reçu le feu vert le même dimanche à 10 H ont à 18 H embrasé toute la ville qui était déjà en ébullition contre les manouvres coloniales.
Une population déjà préparée grâce aux réunions clandestines encadrées par des nationalistes convaincus de leurs droits en un pays libre et indépendant. Des tracts incitant à l’insurrection faisaient déjà l’effet d’un feu de paille, alors que le bouche à oreille a réussi la sensibilisation parfaite : « Donnez votre sang pour sauver la patrie et le roi » « Menez une tutte farouche pour l’honneur des marocains » mots d’ordre que la population a appris et appliqué.
« La grande marche est celle qui s’est déclenchée à partir de Jnanate Al Ouniya et Sidi Yahia et ce en parallèle avec l’ensemble des manifestations provoquées dans les quatre coins de la ville. Un soulèvement populaire usant d’armes blanches pour marquer le point du non retour : haches, couteaux, bâtons, faucilles. Tout était utilisé pour dissuader l’occupant et ses acolytes. Les militants de la gare ont reçu l’ordre de déclencher des actes de sabotage dans las hangars des chemineaux afin de surprendre l’occupant et ses forces » a rapporté Mohammed El Arabi un dirigeant de l’Istiklal et membre actif de la mutinerie d’Oujda. L’intifada d’Oujda, selon Mr El Arabi , était marquée par la participation massive des jeunes qui ont fait preuve d’une grande bravoure et d’un patriotisme sans limite. Les femmes de leurs cotés assumaient la logistique communicative à l’instar de la militante Amina Berhili qui a joué un rôle d’intermédiaire entre les différentes composantes de la résistance.
Les patriotes d’Oujda déclencheront alors le mouvement révolutionnaire qui allait embraser toute la région. Au Maroc ce fut la révolution du roi et du peuple en Algérie la journée du moujahid lorsque les indépendantistes algériens du FLN organisèrent des manifestations violentes dans le Constantinois. Ils ont pris pour prétexte le deuxième anniversaire de la déposition de Mohammed V. C’est dire à quel point l’insurrection d’Oujda a fait tache d’huile. Les habitants d’Oujda puis ceux de Tafoughalt le 17 Aout ont voulu défier la machine répressive coloniale et déclencher l’élan convoité au mouvement nationaliste en gestation partout au Maroc.
« Les représailles furent sanglantes avec leurs lots d'arrestations, de tortures, de martyrs, blessés, prisonniers et condamnés à mort. Plusieurs nationalistes sont tombés dans le champ d’honneur ; dans leur sillage traitres, soldats français et civiles victimes de l’aveuglement et de la sauvagerie de la réplique des forces d’occupation » rapportent plusieurs participants à cette Intifada.
Des centaines de citoyens furent arrêtés et jugés soit au tribunal du pacha ou au tribunal militaire. Ce dernier eut lieu à Oujda et fut présidé par l’officier Guyonnard qui était un capitaine de la justice militaire, juge d’instruction prés du tribunal militaire permanent des forces armées de Casablanca. Les militants du 16 aout ont été accusés d’homicides volontaires, de complicités et provocation d’émeutes, participation à des crimes et des meurtres et constitution d’associations de malfaiteurs.
Il y’avait 97 jugés dans un tribunal militaire, dont une quinzaine condamnés à mort c’est le cas Abdellah Zajli, Abdellah Ben Kaddour, Abderrahman Hjira …etc. D’autres ont été condamnés à 20 ans de prison avec travaux forcés c’est le cas de Mohammed El Arabi, Ahmed Soussi, Mohammed Touhami , Driss Habi ...etc.
« Le soulèvement du 16 août 1953 restera gravé en lettres d'or dans les annales de la glorieuse histoire du Royaume, comme preuve de la bravoure des habitants de la région et de la mobilisation de la population contre la conspiration dont faisait l'objet le symbole de la souveraineté nationale, feu S.M. Mohammed V. » avait rappelé SM le Roi Mohammed VI le 14/09/1999 à l’occasion du lancement de l’année internationale de la culture de la paix.
Ali Kharroubi // ALM