Le thème choisi pour ce Forum Permanent de Dialogue Arabo-Africain sur la Démocratie et les Droits Humains « Edition 200 9 » revêt une d’importance majeure en ce moment où la migration se développe de façon très rapide, en ce moment où la migration sud/sud et surtout dans l’espace arabo-africain devient de plus en plus importante et en cette période de crise pendant laquelle, les migrants se trouvent confrontés à des situations particulièrement difficiles.
J’étais très heureux hier et ce matin, d’entendre les intervenants insister sur l’importance de la migration, dans le sens circulation des personnes. Du rôle qu’elle joue le dans le développement, dans le développement économique, mais aussi, dans le développement politique et démocratique. La migration est ancestrale. Et ce n’est pas aujourd’hui, que nous allons accepter la construction de citadelles, qui séparent les peuples, lesquelles citadelles risquent de ralentir le processus d’enrichissement mutuel des humains et des civilisations que les migrations ont développé depuis des siècles.
Les relations arabo-africaines doivent refuser cela et donner l’exemple de relations humaines, basées sur le respect et sur l’enrichissement mutuel. C’est pour cela, qu’il est nécessaire de prendre en compte la question de circulation de personnes dans les relations entre les pays Arabes et les pays d’Afrique. Bien sûr, plusieurs pays arabes sont africains.
Je souhaite beaucoup de succès à ce dialogue arabo-africain ou africano-arabe. C’est une très bonne initiative à laquelle il faudrait donner les moyens de continuer et de produire de bonnes idées, de bonnes pratiques et de bonnes politiques migratoires et de coopération.
Pour cela, je pense, et si vous me le permettiez, qu’il faudrait structurer ce dialogue sous forme de projet. Un projet à réaliser à moyen et long termes. Nous l’avons senti hier et ce matin, nous avons besoin de partager beaucoup d’informations et de rapprocher nos visions par rapport à la situation et par rapport aux constats que l’on pourrait faire. Ce serait une première étape.
Comme deuxième étape, il serait utile de distinguer, dans la gestion des flux migratoire et des migrations, ce qui relèverait des relations entre pays africains et pays arabes et ce qui relèverait des relations entre pays arabo-africains et d’autres pays et régions tels que les pays européens ou l’Amérique du nord.
A partir de là, et comme 3ème étape, puisque les pays arabo-africains sont maintenant, en dialogue permanent, il serait plus facile de mettre le doigt sur les difficultés et essayer de les hiérarchiser, essayer de les régler, selon un échéancier, en tant que partenaires, en tant que voisins et en tant que frères qui partagent une même histoire et un même destin.
Il serait plus facile, grâce à ce dialogue permanent, de régler les différentes situations entre les pays arabes et les pays africains.
En même temps, j’arrive à la 4ème étape, il faudrait mettre en place une stratégie, de communication et de dialogue, en tant que pays arabo-africains, avec les autres pays qui accueillent des migrants arabo-africains. On est toujours d’avantages gagnant quand on part aux négociations, de façon groupée, concertée et surtout bien informés.
Aujourd’hui, un pays tout seul, ne pourra pas élaborer une bonne politique migratoire basée sur le droit. La migration devient une question régionale. Et donc, c’est nécessaire de réfléchir dans une dimension régionale, voire internationale les politiques migratoires arabo-africaines.
Permettez-moi maintenant, d’aborder les nouvelles formes migratoires qui se développent aujourd’hui et plus particulièrement ce que l’on appelle aujourd’hui, le concept de migration circulaire, élaboré récemment certains pays d’accueil.
Ce concept de migration circulaire est un compromis entre la position politique et la position économique de certains pays d’accueil que ce soit dans des pays de l’UE ou dans des pays arabo-africains. Nous observons une position duale dans certains pays d’accueil. Une position politique qui veut arrêter ou réduire au minimum les flux migratoires, et une position du secteur économique, qui veut au contraire, le développement de ces flux pour faire face aux besoins en Main d’œuvre et en vue de fluidifier le marché du travail.
Ce concept de migration circulaire, existait déjà depuis de longues années. Mais là, il est présenté dans un nouvel habillage, ce qui est une bonne initiative qui va permettre aux partenaires de discuter sur une base concrète.
Tout le monde confirme aujourd’hui, que la migration ne peut être arrêtée, que c’est un phénomène naturel et permanent dont il faut tenir compte dans les relations internationales.
Les migrations circulaires, comme certains pays d’accueil les organisent aujourd’hui, ont besoin d’être améliorées pour être plus bénéfiques, à la fois au pays d’accueil, au pays d’origine et au migrant lui-même.
Nous proposons quelques idées qui pourraient aller dans ce sens. C'est-à-dire, dans le sens de l’enrichissement des programmes de migrations circulaires. Parmi ces idées :
1. Permettre aux migrants résidents dans les pays d’accueil, de façon permanente et qui le souhaitent, de retourner temporairement dans leur pays d’origine en vue d’y travailler ou de créer une activité. Plusieurs migrants souhaitent faire ce retour temporaire dans un premier temps, mais devant la crainte de perdre le droit de séjour, ils se sédentarisent. L’expérience a montré, des migrants des pays de l’est, avant que leurs pays d’origine intègrent l’UE, pratiquaient cette migration circulaire parce qu’ils avaient la possibilité de retourner dans le pays d’accueil quand ils le souhaitaient. Un migrant roumain, par exemple, qui résidait de façon permanente en France, avait la possibilité de retourner dans son pays, y monter un projet d’activité économique, et à chaque qu’il avait besoin de liquidité supplémentaire, il avait la possibilité de retourner en France et d’y travailler pendant un certain temps.
Les migrants originaires des pays du sud de la Méditerranée, n’ont pas cette possibilité là. Ce cas, s’appliquerait aussi, pour certains pays d’accueil de la région arabo-africaine.
2. Aider les pays d’origine à mieux gérer leur migration et à maintenir leur équilibre économique, notamment en ne pratiquant pas des actions de débauchage des compétences déjà en poste et aussi, en mettant en place des actions de formations des travailleurs sans grande qualification.
3. Laisser la migration ouverte dans tous les secteurs, à l’exemple de pays qui n’ont pas établit de listes de secteurs ayant besoin de main d’œuvre étrangère.
4. Pratiquer les mêmes critères de recrutement dans les pays d’origine que ceux pratiqués dans les pays d’accueil : les offres d’emploi doivent être adressées aux hommes et aux femmes, sans distinction ; ne pas pratiquer de critères relatifs au faciès ou au physique, ne pas établir de critère de situation sociale.
5. Concernant les travailleurs saisonniers, il serait important et humain, de faire partir les personnes dans le cadre d’un projet de développement. Et que la période de migration saisonnière n’en soit qu’une étape de la réalisation de ce projet qui sera mis en œuvre lors du retour dans le pays d’origine. Des programmes de développement existent déjà dans différents pays et qu’il suffisait de les articuler et les mettre en synergie avec les programmes de migration. A titre d’exemple, la synergie qui peut être créé entre les programmes de migration saisonnière de l’ANAPEC au Maroc et l’INDH (Initiative Nationale de Développement Humain). Et aussi l’exemple de la synergie qui peut être mise en place entre le CIGEM au Mali et le programme CODEV.
6 : Veillez à ce que les migrants saisonniers aient droit à une protection sociale, notamment en ce qui concerne la retraite. Beaucoup de migrants saisonniers, trouvent des difficultés à récupérer leurs droits à la retraite. Plusieurs régimes sociaux ne sont pas tous contributifs et beaucoup de pensions ne peuvent être transférables vers le pays d’origine.
7. Personne ne conteste aujourd’hui, le rôle que jouent les migrants dans le développement des pays d’accueil, de transit et d’origine. Il est recommandé que les pays d’accueil, collaborent avec les pays d’origine, pour mettre en place des programmes qui permettent d’optimiser l’impact des migrations sur le développement
Dans les programmes migratoires qui existent, par exemple entre l’UE et un certain nombre de pays d’origine arabo-africains, la question migratoire est toujours traitée en relation avec le développement régionale. Or, constatons, que les régions dont sont originaires les migrants se trouvant dans les pays de l’UE ne bénéficient pas des retombées de leurs migrants, notamment en ce qui concernent les transferts financiers qui sont souvent drainés vers les métropoles importantes de chaque pays d’origine au détriment des régions les plus pauvres. Il faut tenir compte de ce point dans l’évaluation et le renouvellement des différents programmes de coopération.
J’appelle les Etats arabo-africains à un partenariat fort et étroit autour de la migration légale et aussi autour de la migration dite illégale en vue de la combattre. J’insiste sur la fertilisation des bonnes pratiques et plus particulièrement, celles prenant en compte la dimension « droit » comme principal axe.
A cet effet, j’appelle les Etats arabo-africains qui ne l’ont pas encore fait, a ratifié la Convention des Nations Unies sur les travailleurs migrants et les deux Conventions du BIT sur les travailleurs migrants.
La Convention sur les droits des migrants est le seul instrument spécifique sur les droits de l’homme des migrants. Toutes les études qui ont été faites ainsi que les différentes rencontres que le Comité des nations Unies que j’ai l’honneur de présidé, a faites avec des Etats, des députes et autres, montrent qu’il n’y a aucun obstacle juridique à la non ratification de cette convention.
Le respect des droits des migrants est bénéfique pour tous, aussi bien pour les pays d’accueil et d’origine, que pour l’employeur et le migrant lui-même. Le renforcement des droits des migrants est un meilleur moyen de lutte contre la migration illégale et contre la traite qui sont une menace de la sécurité des Etats, aussi bien d’accueil que d’origine et de transit.
Si vous me le permettiez, je ne vais pas conclure, mais je vais lancer un certain nombre de défis qu’il me semble urgent de traiter dans l’Espace Arabo-africain :
1. La question du transit de ressortissants sub-sahariens par les pays du nord de la méditerranée ;
2. La traversée de la méditerranée à la fois par les subsahariens et par les arabes. Et aussi, par d’autres nationalités maintenant, notamment d’Asie ;
3. La situation des droits dans certains pays du monde arabo-africains ;
4. La situation des mineurs non accompagnés ;
5. La question des réfugiés ;
6. La question des agences de recrutement ;
7. La question des droits sociaux des migrants ;
8. La question de la traite des humains. Et là, je voudrais attirer votre attention sur ce qui se passe plus particulièrement dans le Sahara, qui est en train de devenir un lieu, un parcours, un itinéraire de tous les trafics où on fait impliquer les migrants : trafic d’arme, trafic de drogue, trafic d’organes humains, de prostitution, de pédophilie. Il est urgent d’agir sur le Sahara pour protéger les ressortissants arabo-africains ;
9. Etudier les stratégies des pays et régions limitrophes de la région arabo-africaines. La stratégie de l’Union Européenne par exemple. Et là je suis d’accord avec le Président Diouf qui a proposer à ce que l’espace Euro-Med soit élargit à la région arabo-africaine ;
10. Le défi de construction de politiques migratoires basées sur le respect des droits de l’homme des migrants. Pour cela, la Convention de 1990, en est un excellent guide, même si elle n’est pas ratifiée par tous.
Voilà Monsieur le Président, certains des défis, que je pourrais développer lors des débats et qui me semble urgent de traiter dans le cadre de ce dialogue permanent arabo-africain.
Ces différents points pourraient mis dans le cadre d’un projet, hiérarchisés, programmés, planifiés, avec la définition d’étapes, de phases et de résultats à atteindre.
La dimension de la science est importante à introduire dans le processus d’aboutissement des résultats à attendre de ce dialogue permanent que vous avez instauré et pour lequel, je vous félicite à nouveau.
La gestion de la question migratoire est complexe et compliquée et nous avons besoin de développer d’importants savoirs, savoir-faire et ingénierie.
Je vous remercie de votre attention et reste à votre disposition pour le débat.
Abdelhamid EL JAMRI
Président du Comité des Nations Unies
sur les travailleurs migrants